plume
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posté le 2009-02-10 à 14:01:27
Poètes maudits à 11 ans et demi.
Devoirs surveillés, 16h03. Les élèves ont été calmes comme des images pendant… 10 minutes.
Leutrim, fier comme Artaban :
- Madame ? Vous savez, je participe au concours de lecture, et ça c’est mon livre de la semaine. Il est gros, hein ! Ca tombe bien, parce que cette semaine c’est la « semaine sans Télé ». Si je gagne le concours, je pourrai rencontrer l’auteur de mon livre !
Moi :
- C’est génial de pouvoir rencontrer l’auteur d’un livre qu’on a aimé. Mais en attendant, tu as des maths, il me semble, non ? Bon, alors assieds-toi. Dès que c’est fini, tu peux partir, si l’allemand est déjà fait.
Leutrim :
- Ouais M’dame. Heu, oui Madame.
Festime, levant sa tête de son exercice d’allemand :
- Madame, les auteurs devraient tous mourir.
Moi :
- Heu… Quoi ?
Festime :
- Oui, comme ça, vu qu’ils sont tous morts, on n’aurait plus de livres à lire.
Moi, comprenant enfin :
- Ah. Parce que tu penses qu’on ne lit que des livres d’auteurs vivants, et qu’on ne les lit plus une fois qu’ils sont morts ?
Nébahate, la grande copine de Festime, levant la tête de son exercice d’allemand, s’écrie :
- Ah mais pas du tout, t’es bête ou quoi, moi je lis « Le Petit Nicolas en vacances » et pis ben l’auteur il est mort, pis le livre il est toujours là !
Moi, reprenant vers Festime :
- Oui, Nebahate a raison, ce n’est pas parce que l’auteur est mort qu’on est dispensé de lire le livre (vive les petits sermons moraux). Tu vois le livre, que j’ai là… (en l’occurrence « Sade vivant »… Ben oui, des fois j’ai le temps de lire un peu pendant les devoirs surveillés)
Festime :
- Vous lisez tout ça !!!
Moi, patiente :
- Oui, mais ne prends pas ta mine effarée, à chaque fois tu me le demandes, et à chaque fois je réponds oui. Tu vois, je lis un livre sur la vie d'un auteur, parce qu'il a passé sa vie en prison pour avoir écrit un livre, justement.
Festime :
- Et ben tant mieux ! Qu’est-ce que c’était comme livre ?
Moi, prenant la tangente, allez savoir pourquoi :
- A ton avis ?
Leutrim, qui n’a pas perdu une miette :
- Moi je sais : il a copié un autre livre et il ne l’a pas dit alors on l’a mis en prison.
Moi, me retenant de rire, comme quoi le droit d'auteur sur internet fini par faire écho dans les têtes pas vraiment blondes... :
- Oui, on appelle ça du plagiat. C’est effectivement puni par la loi. Mais ce n’est pas pour ça qu’on l’a mis en prison.
Festime, réagissant subitement :
- C’est parce dans son livre il a écrit des choses qu’on n’a pas le droit d’écrire !
Moi, contente de voir les rouages de son cerveau fonctionner :
- C’est exactement ça. Qui interdit, à ton avis ?
Festime :
- Je sais pas moi. La police ?
Moi, d’un ton calme et pédagogue.
- Tout à fait. A son époque, lorsqu’un livre ne plaisait pas au gouvernement, au roi, au gens puissants, à la police, on brûlait le livre et on brûlait l’auteur. Lui, il a eu de la chance, il a juste été jeté toute sa vie en prison.
Un ange passe.
Festime :
- Mais en même temps il n’a qu’à pas écrire des choses que personne ne veux lire ou qu’on n’est pas d’accord de lire…
Leutrim :
- Mais Madame, c’est pas juste !....
Moi, faussement interrogative :
- Ah bon? pourquoi?
Leutrim:
- Parce qu'on a le droit d’écrire ce qu’on veut! Et la police, ben... on s’en fout!
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On ne peut pas, sous prétexte qu'il est impossible de tout faire en un jour, ne rien faire du tout ! (abbé Pierre)
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