plume
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posté le 2009-06-30 à 13:43:42
Oui, ce n'est pas le texte le plus drôle de l'année... Il faut le voir comme un hommage à tout ceux qui sont dans la même galère.
10h20
Oui, je suis un libertin, je l’avoue : j’ai conçu tout ce qu’on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n’ai sûrement pas fait tout ce que j’ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier […] »…
Ouah, c'est bon, je l'ai, ma petite phrase à mettre en exergue. C'est bon, ça, c'est bon. Deux semaines que je cherche une phrase qui mette la vie et l'oeuvre en rapport...
"Né en 1740, mort en 1814, emprisonné sous tous les régimes politiques de son temps, « le mal famé marquis de Sade, dont les romans obscènes sont ruisselants de volupté et de cruauté » est toujours considéré à l’heure actuelle comme l’auteur de « la plus grande entreprise de librairie pornographique jamais imaginée »".
Une phase, deux citations. J'ai encore rien dit que j'ai trois notes de bas de page.
- Salut Lorraine, alors ce mémoire, ça avance?
- Des hauts et des bas. Toi ça va?
- Oui, j'ai fini mes examens, et là, je vais partir faire un treck au vietnam
(Pétasse)
- C'est super. Profite bien de ton été alors.
- Ouais, c'est clair. Allez, je te laisse, t'as encore du boulot, ah ah ah.
(Pétasse, bis)
- Aha. A une prochaine si tu reviens vivante de chez les sauvages.
Voilà, maintenant je passe pour une associale. De mieux en mieux.
Bon.
"Cependant, celui dont le nom engendrera le concept de "sadisme"
Oui, bien sûr, le sadisme c'est un concept, que dis-je, un art de vivre.
"Cependant, celui dont le nom engendrera la notion de sadisme"
Encore pire. Revenons à concept, c'est plus philosophique.
"Cependant, celui dont le nom engendrera le concept de sadisme, certes responsable des Cent Vingt Journées de Sodome, de La Philosophie dans le boudoir et de La Nouvelle Justine et l’histoire de Juliette, sa sœur – œuvre totalisant trois mille six cents pages –
et là, je la finit comment ma phrase, hein?
"Cependant, celui dont le nom engendrera le concept de sadisme, certes responsable des Cent Vingt Journées de Sodome, de La Philosophie dans le boudoir et de La Nouvelle Justine et l’histoire de Juliette, sa sœur – œuvre totalisant trois mille six cents pages – est aussi l’auteur d’un grand corpus théâtral parfaitement décent, d’historiettes comiques ou sombres, de récits touchant au genre du roman noir, Les crimes de l’amour, ainsi que d’un gros roman philosophique, Aline et Valcourt. Un premier constat s’impose donc : tout en étant l’un des plus grands pornographes de l’histoire, le marquis de Sade a également produit un corpus ne touchant pas directement au licencieux.
Han. Pas mal. Deux phrases, un paragraphe. Une idée. On avance, les enfants, on avance.
11h20.
J'ai faim.
Cette part importante de son œuvre, d’ailleurs la seule qu’il ait jamais signée de son nom, est occultée par une légende, amplifiée au XIXe puis au XXe siècle mais déjà formée lors de son vivant, après les procès pour « libertinage outré » d’Arcueil et de Marseille, affaires de mœurs ayant impliqué le marquis dans différents « désordres » tels que le sacrilège, la flagellation ou la sodomie.
Ca fait un peu prude choquée, dit comme ça, mais bon, le pire est à venir. J'ai faim.
Lors de l’affaire d’Arcueil, si les accusations que nous venons d’énumérer marquèrent les esprits, cela ne fut rien en comparaison de l’émoi collectif suscité par les incisions au couteau qui auraient été infligées à plaignante, Rose Keller.
Ah, mais au fait, il y a eu coups de couteaux, ou pas?
Alors... Oui pour lui, non pour l'autre, peut-être selon machin et sans doute pas pour bidule. Bon, ben on va mettre une note de bas de page, et calmons le jeu.
Rien n’est absolument certain à ce sujet car le constat du chirurgien dépêché pour l’occasion n’affirme rien de tel. Or la possibilité que cet avis soit tronqué n’est pas nulle, la famille du marquis ayant acheté le silence du chirurgien et celui de la victime. Sade, de son côté, ne reconnaîtra jamais cette accusation.
Tu m'étonnes. Quel beau salaud.
"Le phénomène s’est amplifié au point que l’on avançait que le marquis de Sade avait mutilé la jeune femme dans l’intention de tester l’efficacité d’un onguent.
Cette réputation de médecin-fou – personnage que le marquis représentera plus tard dans ses textes – ira encore en s’accroissant après l’affaire de Marseille, où au même scénario de flagellations et de sodomies, s’ajoutera l’empoisonnement des prostituées présentes sur les lieux (les plaignantes), suite à une trop grande ingestion de pilules aphrodisiaques. A partir de là, s’établira définitivement la légende de « l’homme cruel à la sexualité exacerbée »."
Bon, je tiens plus. J'ai trop faim.
12h20
Pâtes au beurre, beurre aux pâtes, raviolis, riz et riz, ou salade.
Bon, ben salade. Avec du pain.
Grounch. Miam. Slurp. En deux heures, j'ai fait quoi, deux, trois paragraphes? Misère...
-Salut, ça avance ton mémoire?
- Non. Et toi?
- Non plus. Mais je me dis qu'au fond, c'est un gros séminaire. Faut qu'on arrête de paniquer.
- Oui, t'as sans doute raison.
- T'as combien de pages
(oh, non, la question que je redoute)
- heu... ben j'ai plein de notes, mais que deux pages de rédigées.
- ah ouais... Moi j'en ai 25.
(J'ai envie de pleurer).
- Ouah, c'est monstre bien!
- Oui, mais elles sont nulles
(c'est ça. Rappelle-moi, tes notes de français, qu'on rigole un peu)
- Mais non... Bon, ben j'ai fini ma salade, hein, faut que j'y retourne...
Pfff... Dans ces cas-là, on n'a plus qu'une envie: pondre une bouse, avoir son titre et quitter ce monde de fous.
Et puis on s'y remet, on corrige et polisse les phrases jusqu'à ce qu'elles semblent cohérentes... On les faits lire au directeur qui trouvent malheureusement bien des remarques à faire. On continue. On s'interrompt. On stresse. On corrige les notes de bas de page le samedi soir à 2h du matin, l'oeil vaillant et la main fébrille. Les jours passent et ne se ressemblent pas.
Mais on sent la progression du travail, quand, deux mois plus tard:
- Salut Lorraine, ça va? ça avance, ton mémoire? Tu rends quand?
- Mi-août, et toi?
- Pareil. T'as combien de pages?
- 126. C'est un peu trop, je rabote, j'enlève des citations, en ce moment.
- Ah ouais... Moi j'en suis qu'à 30.
- Ouais, mais si elles sont bien, c'est l'essentiel...
- Bon, ben j'ai fini ma salade, hein, je vais te laisser.
J'adore la fin et vous ?
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On ne peut pas, sous prétexte qu'il est impossible de tout faire en un jour, ne rien faire du tout ! (abbé Pierre)
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