Les aventures de Plumebleue

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The Crown, exclusivement sur Netflix

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The Crown a sa première saison en dvd !

Je viens, vu les grosses chaleurs, de regarder les 20 premiers épisodes de The Crown, les saisons 1 et 2.

J'ai eu l'impression d'être à Londres, à Buckingham Palace, à Clarence House, comme une petite souris dans les salons et les boudoir de la Reine, de la reine mère.  J'y ai appris des épisodes historiques vu par une lunette différente de celle de l'Histoire, de l'intérieur. 
Bref, j'ai adoré et Sir Plume aussi ! Cela permet aussi de mieux comprendre les enjeux avec les dernières générations de la famille royale. Les drames personnels, de cette famille hors de toute norme.  Pour ma part, c'est surtout l'effacement presque total d'Elisabeth derrière Elisabeth II qui me fascine le plus !

"Un des premiers intérêts de The Crown est de nous inviter à réfléchir à la fonction royale aujourd’hui (vu de France, un exotisme ou une aberration). La série commence dans l’immédiat après-guerre, avec les fiançailles de la princesse Elizabeth, fille aînée du roi George VI, à un séduisant prince grec exilé devenu officier de la Royal Navy. Le premier épisode n’évoque qu’à demi-mot le scandale du choix de la future reine, que tout l’establishment aurait préféré voir épouser un aristocrate britannique.
Claire Foy (Anne Boleyn dans Wolf Hall) et Matt Smith (le 11ème Doctor Who) ont parfaitement su imiter les attitudes, les gestes et les regards de leurs modèles, aidés par les costumes et la mise en scène inspirée des photos d’époque. Très vite, on y croit et ceux que les mariages princiers font rêver se laisseront embarquer sans difficulté par les deux premiers épisodes. Mais il faut attendre le troisième pour que le bât commence à blesser et que le récit prenne toute sa dimension.
La mort prématurée de George VI en 1952 projette la jeune princesse de 26 ans sur le devant de la scène. Dès lors, la question de l’adéquation de l’être à la fonction qui lui est imposée devient centrale : en devenant reine, Elizabeth peut changer de prénom, mais doit renoncer au nom de famille de son mari pour elle et ses enfants.
Les tensions provoquées par cette inversion du déséquilibre traditionnel entre l’homme et la femme au sein du couple sont traitées avec bien plus de maturité et de profondeur que dans la récente Victoria d’ITV.
En plus de rassurer son mari sur sa virilité et son utilité sociale, Elizabeth doit prouver très vite que ni son jeune âge, ni son sexe, ni son caractère effacé, ni son manque de culture générale ne l’empêcheront d’incarner la royauté. Car au début des années 1950, la monarchie britannique n’est pas remise de la crise qui l’a frappée quinze ans plus tôt, lorsqu’Edward VIII a renoncé au trône par amour, et probablement par paresse.

Alex Jennings incarne à merveille cet oncle aux mœurs dissolues dont l’existence même est une ombre à la légitimité de la souveraine. Une des forces de la série est de montrer que la monarchie est d’abord une histoire de famille, et que celle des Windsor est d’autant plus étriquée et étouffante que chaque battement de cil ou de cœur  est immédiatement jugé par le monde entier.

Comment la monarchie, héritée des temps anciens où Dieu, le collectif, la tradition, le clan décidaient des destinées, peut-elle survivre à la montée de l’individualisme et à la quête d’un bonheur personnel ?
On touche là au drame intime d’Elizabeth qui, très tôt, n’est plus un individu mais d’abord une fonction, une image digne et silencieuse, tandis que le monde s’agite atour d’elle. Un monde qui est d’abord sa famille : son mari aux rêves d’indépendance et de pouvoir, ses enfants qu’elle regarde grandir de loin en loin, sa sœur dont elle brise le bonheur sur l’autel de la raison d’Etat, sa mère qui la juge et son père qui ne pourra jamais lui dire sa fierté.
Par cette interrogation sur l’être et le paraître, la tradition et la modernité en politique, la pérennité des institutions et les failles de ceux qui les incarnent, The Crown rejoint, dans un registre esthétique très différent, les questions soulevées par The Young Pope.





Une puissance en déclin

L’autre grande force de la série est de se pencher, comme la magnifique The Hour, sur l’histoire de la Grande-Bretagne dans les années 1950. Les premières années du règne d’Elizabeth correspondent au dernier mandat de Winston Churchill en tant que Premier ministre. La confrontation de la jeune reine au vieux lion est l’excellente idée de cette première saison.

John Lithgow (le Trinity Killer de Dexter, entre autres) dont la carrure n’est évidemment pas celle du vainqueur de la Seconde Guerre mondiale a été sans aucun doute choisi pour accentuer le contraste physique avec la souveraine. L’un et l’autre apparaissent comme des grenouilles qui se croient bœufs, la première par inexpérience et le second par trop plein d’expérience, tous deux niant le poids de l’âge.
Elizabeth et Winston sont en réalité deux métaphores de la Grande-Bretagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale : une ancienne première puissance mondiale qui n’a pas encore pris la mesure de son déclin, et pense qu’elle peut encore en éviter, ou en limiter, les conséquences.

Le superbe épisode qui se déroule pendant le Grand Smog de Londres de décembre 1952, les prémices de la crise de Suez (la saison se termine en 1955), ou bien encore les remarques racistes du prince Philip en Afrique sont autant de signes que l’adaptation à une nouvelle réalité est une question de survie.

En mêlant intelligemment la grande et la petite histoire, en donnant le sens du temps qui passe et en invitant à lire entre les lignes, à se documenter et à réfléchir à notre monde contemporain, The Crown s’annonce dès sa première saison comme une grande série historique. Vivement la suite.
(Photo: Netflix. Dessin: Martin Vidberg) - http://seriestv.blog.lemonde.fr/2016/11/03/the-crown-un-downton-abbey-a-lire-entre-les-lignes/
Ce n'est pas parce qu'une expérience ce termine qu'elle ne méritait pas d'être vécue. On n'a pas le choix, pour aller de l'avant, il faut faire un pas devant l'autre et si l'ont essaie d'éviter ce qui nous fait mal, alors on n'ira jamais nul part.

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